Le mercure mis au ban par plus de 140 pays
C'est la grosse surprise du conseil d'administration du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) qui s'est achevé vendredi 20 février, à Nairobi (Kenya) : plus de 140 pays participants ont adopté le principe d'un traité international visant à limiter l'utilisation du mercure. Un métal lourd, dont les émissions directes et les résidus menacent la santé de centaines de millions de personnes à travers le monde. L'exposition au mercure genère des troubles dans le développement du système nerveux et affecte la reproduction. Il peut, à fortes doses, être mortel. Dans de nombreux pays, dont la Suède, le Japon, l'Inde, le Brésil, la consommation de certains poissons contaminés dans les rivières, est devenue un vecteur de risque.

La communauté internationale s'est donné quatre ans pour créer un "instrument juridiquement contraignant". "Il s'agit d'un tournant historique. Voilà des décennies que les scientifiques nous alertent sur la toxicité du mercure", a déclaré Achim Steiner, le directeur exécutif du PNUE.
Le sujet était sur la table des négociations depuis sept ans, mais il aura fallu attendre le revirement des Etats-Unis - sur ordre du président Barack Obama -, une semaine avant la rencontre de Nairobi pour faire pencher la balance en faveur d'un accord. "Le changement d'attitude des Américains a complètement modifié l'atmosphère des négociations", explique M. Steiner. Le Brésil s'est ainsi montré subitement plus allant. "Nous avons deux bonnes raisons de soutenir ce traité", expliquait, quelques heures avant la fin des négociations, le ministre de l'environnement Carlos Minc : "Marina Silva, à qui j'ai succédé, est gravement contaminée, et je suis à l'origine dans l'Etat de Rio d'une loi interdisant le mercure dans les entreprises fabriquant du chlore."
Restait à convaincre les récalcitrants, dont quelques poids lourds telles la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud. Le souci de ne pas porter seuls la responsabilité d'un échec aura certainement joué. Le texte de compromis leur promet une "flexibilité", qui devrait permettre de prendre en compte leur situation particulière. Les centrales thermiques à charbon, dont ces trois pays sont abondamment pourvus, et les mines d'or pour l'Afrique du Sud constituent deux des principales sources de pollution au mercure.
Dans un rapport publié fin 2008, le PNUE estime que la combustion des énergies fossiles - et au premier rang le charbon - provoque 45 % des émissions de mercure d'origine anthropique relâchées dans l'atmosphère. Tandis que l'orpaillage artisanal pèse pour 18 % dans le bilan total.
Le mercure et ses composés entrent aussi dans le processus de fabrication d'une multitude de produits comme les PVC, les batteries, le chlore, les lampes, etc. Toutes sources confondues, deux tiers des émissions mondiales proviennent d'Asie, la Chine apparaissant comme le premier contributeur, loin devant les Etats-Unis et l'Inde.
Le texte signé vendredi 20 février précise d'ores et déjà les objectifs à atteindre dans le cadre du traité : la réduction, voire l'élimination, lorsque cela est possible, du recours au mercure ; la sécurisation du stockage des résidus qui ont la particularité d'être persistants dans les sols et l'eau. En Europe, 50 % des produits utilisant du mercure finissent dans des décharges. Il est aussi prévu d'en interdire l'exportation, de s'attaquer à la dépollution des sites contaminés, pour autant que ceux-ci soient clairement localisés. Le PNUE a dénombré 1 200 mines ou usines de mercure dans le monde, 220 usines de chlore, 500 mines d'or et de métaux précieux.
Sans attendre la date-butoir de 2013, le PNUE a indiqué qu'il allait accélérer son programme de partenariat avec certains pays pour commencer à agir dans ce sens.
La France a salué dans cet accord "une très belle victoire". "Elle montre que les questions d'environnement sont désormais centrales, et la France devra se montrer exemplaire", a déclaré la secrétaire d'Etat à l'écologie, Chantal Jouanno. "Nous allons rouvrir deux dossiers : celui de la lutte contre l'orpaillage illégal en Guyane et celui des indutries du chlore", a-t-elle annoncé. L'association France Nature Environnement avait rendu publique, jeudi 5 février, une enquête faisant état de taux élevés de mercure près des sites industriels produisant du chlore à partir d'électrolyse à cathode de mercure. Les industriels, qui devaient éliminer ce procédé d'ici à 2010, ont obtenu un délai jusqu'en 2019. Mme Jouanno considère qu'il faut revenir sur cette dérogation.
[ Source: Le Monde ]

